Le stress financier est source de souffrance pour les travailleurs en plus d’occasionner des coûts parfois élevés aux employeurs. Il consiste à ne pas être en mesure de répondre à ses besoins financiers actuels et permanents et à ne pas être libre de faire des choix permettant de profiter de la vie. Avec l’inflation, la volatilité des marchés et la hausse des taux d’intérêt des dernières années, le stress financier est plus présent que jamais chez les travailleurs.

Riel Michaud-Beaudry

En effet, le niveau d’épargne des ménages canadiens est plus faible qu’avant la pandémie, et le niveau d’endettement a augmenté. Les sources de stress financier sont multiples : gestion des dépenses du ménage, accumulation de dettes, fait de vivre d’une paie à l’autre et d’avoir du mal à épargner pour atteindre ses objectifs à court et à long terme. Les habitudes d’épargne, de consommation et d’endettement sont les facteurs qui influent le plus sur le stress financier. Elles sont même plus déterminantes que le niveau de revenu, car 41 % des travailleurs se disant financièrement stressés avaient en 2022 un revenu familial annuel supérieur à 100 000 $, selon un sondage de l’Institut national de la paie.

Quelles sont les conséquences pour les employeurs ? ­Les employés vivant du stress financier passent en moyenne 29 minutes par jour à gérer leur situation financière, ce qui représente plus de trois semaines par année par employé. Des estimations de ­Manuvie portent ainsi à plus de 10 000 $ par année par employé les coûts associés à la perte de productivité.

Le stress financier entraîne en outre de l’absentéisme, une diminution de la motivation, des relations tendues entre collègues, une moins bonne santé physique et mentale, un manque de concentration, la prise de mauvaises décisions et un taux de roulement accru. Les préoccupations liées aux finances personnelles ont coûté plus de 40 G$ en 2022 aux employeurs canadiens, selon l’Institut national de la paie.

Bien évidemment, le stress financier concerne aussi l’anticipation de la retraite. Seulement 29 % des ­Canadiens sont persuadés qu’ils pourront maintenir leur niveau de vie lorsqu’ils quitteront la vie active. Les jeunes et les femmes sont d’ailleurs davantage préoccupés par rapport à leurs finances futures.

Les principales inquiétudes évoquées sont de manquer d’argent à la retraite, d’être financièrement dépendant des membres de la famille, d’être dépendant des régimes publics, d’avoir à épargner davantage d’argent pour la retraite et de devoir surveiller et gérer ses investissements pour le reste de sa vie. Bien des ­Canadiens ne diraient d’ailleurs pas non à une diminution de leur salaire s’ils pouvaient bénéficier d’un régime de retraite en milieu de travail, a montré un sondage du ­Canadian ­Public ­Pension ­Leadership ­Council (CPPLC).

La plupart des employeurs sont conscients de l’importance de s’attaquer au stress financier. Heureusement, plusieurs solutions s’offrent à eux.

Premièrement, les employeurs désireux de connaître l’état de stress financier des membres de leur personnel peuvent utiliser des questionnaires comme L’évaluateur de santé financière pour les entreprises, mis à leur disposition par l’Institut national de la paie. En connaissant mieux l’état du stress financier et ce qui l’occasionne, les employeurs peuvent mettre en place des solutions ciblées.

Deuxièmement, les employeurs peuvent s’associer à des fournisseurs de services externes afin de répondre aux besoins de leurs employés. Cela peut par exemple être des ressources du milieu communautaire ou des services de conseils financiers et budgétaires indépendants.
Troisièmement, l’employeur pourrait offrir ou encourager la constitution d’un coussin financier. L’argent de ­celui-ci servirait en cas d’imprévus en fonction de certains critères.

Quatrièmement, les régimes de retraite permettent évidemment de réduire le stress financier en plus d’attirer et de retenir les talents et d’augmenter la productivité, surtout quand l’employeur y verse une cotisation. À cet égard, les régimes de retraite prévoyant des rentes viagères répondent mieux aux préoccupations des salariés, révèle un sondage du CPPLC.

Peu importe le type de régimes retenu, une communication soutenue est importante afin que les employés comprennent bien les caractéristiques et avantages de leur régime de retraite.


• Ce texte a été publié dans l’édition de mai 2024 du magazine Avantages.
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